The Refugees All Stars : L’Autre Visage de la Sierra Leone

Alors que notre quotidien voit se multiplier les histoires les plus sordides, celle des Refugees All Stars est exemplaire.

Les Refugees All Stars est un groupe de Sierra Léonais déportés vers la Guinée en raison de la guerre civile qui sévit dans leur pays depuis plus d’une dizaine d’années. Malgré les souffrances physiques et morales liées à ce conflit, ils ont trouvé la force pour créer une formation musicale qui leur permet d’exorciser les horreurs liées à cette guerre civile. Cela leur a permis de créer un album unique, enregistré grâce aux réalisateurs d’un documentaire, qui, en voyant la force de conviction de ces six Sierra Léonais, ont accepté de financer le projet.

Cela donne un mélange de reggae couplé à du rap africain, du high life, de la rumba, etc…Toute l’énergie de la musique africaine transpire par toutes les pores de ce disque, hautement recommandable à tous amateurs de musique africaine. Tous les titres figurant sur ce disque sont originaux, et ont été enregistrés pendant leurs années d’exil en Guinée. Un superbe témoignage aux convictions de ces survivants d’un désastre humanitaire que le commaunauté internationale essaye de masquer…

Leur album peut être commandé sur le site CD Baby, en attendant qu’il soit disponible en France…

N’hésitez pas à visiter leur site, très bien fait, qui permet d’avoir un bon aperçu du contexte dans lequel l’album a été enregistré et surtout de découvrir les différents protagonistes qui ont contribué à cette belle entreprise.

A découvrir dans la Chongastyle’s Radio : Livin’ Like A Refugee et Pat Malonthone

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La renaissance du label Fania

La nouvelle était passée relativement inaperçue, mais elle marque pourtant la renaissance (et la reconnaissance) d’un des labels qui a largement popularisé la salsa et la musique latine au sens large : le consortium  Emusica Entertainment Group, basé à Miamia, racheté en 2005 l’exceptionnel catalogue du label Fania pour la « modique » somme de … 10 millions de dollars ! Après un travail de sélection et de remasterisation, ce sont près de 30 albums originaux de Ray Barretto, Mongo Santamaria, Joe Bataan, Celia Cruz, Willie Colon etc…qui seront à nouveau disponibles dans les bacs à partir de juin 2006.

Fania a été fondé en 1964 par un avocat italo-américain – Jerry Masucci – et le musicien Johnny Pacheco. Pour des raisons budgétaires, ils ne signèrent au début que de jeunes groupes latino du Bronx et de Puerto Rico, ce qui devint progressivement leur marque de fabrique et, surtout, façonna leur succès. Car ces groupes, peu connus à leurs débuts (Willie Colon avait 16 ans quand il signa pour Fania…), se lançèrent à corps perdus dans la fusion entre la salsa et les musiques émergentes de l’époque : funk, jazz, afro-latin, etc…

Cette inventivité et cette créativité ne se fit pas au détriment du caractère populaire de la musique, à la fois auprès d’un public latino qui voit enfin sa musique gagner ses lettres de noblesse, et d’un public plus large qui découvre la richesse de l’éventail de la latin music. L’aspect « révolution culturelle latino » a souvent conduit à comparer Fania avec la Motown.

Au-delà de l’aspect musical, le rôle qu’a joué Fania dans l’émancipation sociale, politique et économique des populations latinos aux Etats-Unis est immense. Comme l’a si justement dit Ras Michael au sujet du reggae : « Une nation sans sa culture, c’est comme un troupeau sans son berger ». Avec Fania, la population latino avait enfin trouvé son berger…

Espérons que le rachat du catalogue par Emusica ne constitue pas qu’une seule opportunité commerciale, et contribue à réaffirmer le rôle éminemment important qu’à joué ce prestigieux label dans la musique contemporaine.

A découvrir dans la Chongastyle’s Radio : le funky « Love Child » de Mongo Santamaria, et le monumental « Smoke » des Fania All Stars.

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Lee Perry feat. Seke Molenga & Kalo Kawongolo – From the heart of the Congo (Sonafric – 1979)

Voilà sûrement l’un des albums jamaïcains les plus étranges et étonnants de tous les temps…et bien entendu il est produit par le plus dingue de tous les producteurs de l’île : sa majesté Lee Scratch Perry himself.

Etrange, car il trouve son origine dans une histoire incroyable. En 1977, un apprenti producteur décida de faire venir deux Zaïrois en Jamaïque afin de développer un nouveau son reggae inspiré des racines africaines. L’histoire veut que les deux pauvres Zaïrois se soient retrouvés lâchés seuls dans les rues de Kingston, sans parler anglais et bien entendu sans argent, après que l’apprenti producteur ait décidé d’abandonner son ambitieux projet…

Il semble toutefois qu’une bonne âme (ou une bonne étoile) les ait conduit en désespoir de cause jusqu’à la Black Ark, l’antre miraculeuse de Perry. Ce dernier, prenant l’arrivée surprise de deux Africains comme un signe de Jah, s’empressa de les enregistrer, ce qui conduit à la réalisation des six titres de « From the heart of the Congo ».

Au-delà de la production inimitable de Perry (sons malaxés, bruits incongrus, atmosphère enfumée, etc…), se dégage quelque chose de difficilement définissable, mais qui en fait l’un des ovnis musicaux le plus étonnant de toute la production jamaïcaine.

Cela vient très certainement des qualités vocales et musicales de Seke Molenga et Kalo Kawongolo : la pochette les crédite à tous les postes (guitare, batterie, percussions, cuivres…). Mais cela vient surtout de la rencontre improbable de deux univers en pleine ébullition créative, de rares moments de création musicale en studio, comme il n’en existe quasiment plus.

Sur le net, les puristes de Perry trouvent que cet album est au mieux une erreur de parcours, au pire l’un de ses plus faibles. Je pense au contraire qu’il s’agit là de l’un des pics de créativité de la Black Ark, au même rang que ceux qui ont lancé la carrière de Marley ou des Upsetters.

A découvrir dans la Chongastyle’s Radio : Bad Food et Nakoya

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Ethiopiques Vol. 17 – Tlahoun Gessesse (Buda Musique – 2004)

Depuis la sortie du dernier film de Jim Jarmusch, « Broken Flowers », et de sa bande-son pointue, la musique éthiopienne est à la mode dans les milieux chics et intellectuels…On y redécouvre une musique ancestrale et moderne à la fois, qui par son sens de la gamme pentatonique, exalte la méditation et le recueillement.

S’extasier sur les trois titres de Mulatu Astatke qui figurent sur cette bande-son, c’est bien joli, et si cela permet déjà de renflouer les poches des artistes concernés, ce sera déjà pas si mal. Mais c’est oublier bien vite que la scène éthiopienne contemporaine ce sont des milliers de groupes, autant de labels et d’artistes, qui ont révolutionné la façon même de jouer de la musique en une génération.

L’un de ces artistes cachés par les phénomènes Mulatu Astatke ou Mahmoud Ahmed, c’est Tlahoun Gessesse. Heureusement, la prodigieuse collection Ethiopiques du label Buda Musique nous permet de découvrir ce personnage, connu sous le surnom de « The Voice », c’est tout dire. Véritable icone nationale, il est considéré comme une véritable pop star.

Si le groove et le côté souvent funky des arrangements ne trompent pas (ils sont de Mulatu Astatke) et rappellent l’ébullition d’une période pré-Motown, et si la voix parfois mielleuse de Gessesse laissent parfois penser à quelques chansons d’amour, il ne faut pas s’y tromper : nous sommes dans un registre éminemment politique.

Enregistrés quelques années avant la fin du règne de Haile Selassie, beaucoup des titres de Gessesse ont été repris par des dissidents au pouvoir du Negus, souvent sans à son insu, entraînant leur interdiction dès leur diffusion et même à plusieurs reprises l’emprisonnement de son auteur.

Message à ceux qui ont aimé « Broken Flowers » : ne vous fiez pas aux apparences ; les nuances de la musique éthiopienne sont aussi nombreuses que celles des fleurs avant qu’elles ne se fânent…Alors plongez-vous sans compter dans la collection Ethiopiques et dans l’histoire de ce pays si riche culturellement et spirituellement.

A découvrir dans la Chongastyle’s Radio : Aykedashem Lebe, et son orgue fou furieux, et Beyet New Mengedu, avec son breakbeat jamesbrownien.

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Chongamix #3 – Weird Grooves – Exotic Beats & Obscure Bands

Troisième volet de mes mixes perso, avec cette fois-ci une immersion dans les franges les plus obscures et les plus psychédéliques des musiques contemporaines.

Au programme : du garage rock japonais des 60’s, une reprise du standard « House in New Orleans » en allemand, des interludes ténébreux de Ken Nordine, Ennio Morricone comme vous ne l’avez encore jamais vu, du rock psychédélique turc, de la pop française échevelée, etc…

Bonne écoute et bonne découverte à tous !

Vous pouvez télécharger le mix en cliquant ICI

[audio:chongamix 03 – weird grooves.mp3]

01 – Salvador Dali – Interview
02 – Orchester G. Gollash – Es steht ein haus in New Orleans
03 – Jack Arel – Aux Frontières du Possible
04 – The Tempters – Wasure Emu Kimi
05 – Beybonlar – Nenni
06 – Janko Nilovic – Xenos Cosmos
07 – Mort Garson & Jacques Wilson – Taurus
08 – Paul Piot & Paul Guiot – Amour, Vacances et Baroque
09 – Georges Gavarentz – Haschisch Party
10 – Iron Butterfly – Possession
11 – Ken Nordine – Yellow
12 – Alain Goraguer – Meditation des Enfants
13 – Piero Umiliani – Saudade
14 – Luis Enrique Bacalov – A Ciascuno il Suo
15 – Barry Gray – Break Away
16 – Ennio Morricone – Valmonts GoGo Pad
17 – Shocking Blue – Love Buzz
18 – The Tempters – Himitsu No Aikotoba
19 – Ken Nordine – Green
20 – Mort Garson & Jacques Wilson – Aries
21 – Philippe Nicaud – Cuisses Nues, Bottes de Cuir
22 – Manfred Krug – Morgen
23 – Istanbul Erkek Lisesi  –  In The Deepings
24 – Les Maledictus Sound – Kriminal Theme
25 – Luie Luie – El Touchy
26 – Les Problèmes – Dodécaphonie
27 – Bo Hansson – Flight To The Ford
28 – Ravi Harris & The Prophets – Thunderbird (Part 2)
29 – Stark Reality – Roller Coaster Ride