A Fistful Of Fuzz (DMT – 1998)

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre et la pochette – au demeurant très réussie – de cette compilation, il ne s’agit pas ici de western spaghetti mais bien de rock psychédélique de la fin des 60’s. Les noms des groupes réunis sur cet album ne laisse d’ailleurs que peu de doutes sur les influences psyché-rock : Loos Foos & The Fiberglass Cornflake, The Aliens, The Green Slime…

Marqués par la scène hippy californienne (Jefferson Airplane, Blue Cheer, Doors), les thèmes abordés sont étroitement liés aux préoccupations de la jeunesse de l’époque : drogue (« Travel Agent Man » par the Sound Apparatus, « White Ship » par the Denims and « Speed Freak » par the Ritual »), sexe (« She Needs Love » by Tapestry Garden), incompréhension entre générations (« She Doesn’t Understand » par the Ruins et « Synthetic People » par the Journey Back), spiritualité (« That Was Just His Thing » par the In-Keepers et « Bless Me Father » par Loos Foos and the Fiberglass Cornflake), liberté (« Reality » par the Prodigal).

Outre une reprise sous acide du Purple Haze d’Hendrix, une autre reprise attire l’oreille attentive de l’auditeur encore lucide : celle du You Really Got Me des Kinks par The Flying Circus, qui surpasse de loin la version originale. Sous les coups de butoir d’une batterie déchaînée, un orgue psyché égraine des accords hallucinés dans une ambiance qui fleure bon le road trip à la Easy Rider. Une réussite qui vaut à elle seule l’écoute de cette compilation dont tous les titres sont exclusifs car jamais réédités auparavant.

Leonard Nimoy – Mr. Spocks Music From Outer Space (Varese Saraband – 1967)

Le nom de Leonard Nimoy ne doit sûrement rien vous dire…et pourtant il s’agit de l’acteur qui jouait le fameux Mr. Spock dans Star Trek. Qui se souvient aujourd’hui que cette star de la Paramount, de la télévision et du théâtre avait également une carrière discographique riche et dense ? Cette facette du personnage est d’autant plus méconnue qu’il a pourtant enregistré quasiment autant d’albums que les Beatles !

L’album « Mr. Spocks Music From Outer Space » est son premier disque en solo. Entre les reprises des thèmes principaux de Start Trek et de Mission Impossible(sous le regard bienveillant de la Paramount), Nimoy alterne les titres parlés et chantés, le style crooner à la Mitchum et une facette plus inquiétante, évoquant la découverte de planètes inconnues.

Ce grand écart entre des thèmes si différents fait de ce disque un véritable ovni, sans mauvais jeu de mots. Lorsqu’il n’est pas accompagné par un groupe de surf music, les Ventures, sur « Music to watch space girls by », il nous dévoile une facette plus sombre de sa personnalité sur des nappes de synthé et de theremin. Nimoy s’appuie sur les thèmes abordés dans Star Trek pour défendre quelques principes fondamentaux : le respect de l’autre (« Alien »), la peur d’une guerre nucléaire (« Visit to a sad planet »), etc…

Certes, Leonard Nimoy n’est peut être pas le plus grand chanteurs du XXème siècle, certes le côté décalé de certains titres peut, avec une trentaine d’années de recul, faire sourire, mais il semble évident que ses productions constituent un vrai trésor pour les fans de science-fiction et s’inscrivent dans la tradition naissante de l’époque, qui tentait de mêler musique populaire et expérimentale à une oeuvre cinématographique (cf. La Planète des Singes).

La discographie complète de Leonard Nimoy

Bombay The Hard Way : Guns, Cars & Sitars (Motel Records – 1999)

Il y a des titres que l’on aimerait avoir inventé. « Bombay The Hard Way… » est l’un de ceux-là.

Sorti en 1999 sur un obscur label américain (Motel Records) qui a disparu depuis, cet album réunit deux des producteurs-artistes les plus prolifiques et éclectiques du hip-hop – Dan The Automator (Gorillaz) et DJ Shadow – autour d’un concept bien spécifique : faire découvrir la richesse des musiques de films populaires indiens des années 70.

Et plus particulièrement l’oeuvre prolifique des frères Kalyanji et Anandji V. Shah, qui marquèrent profondèment par leurs bandes-son les films de la « Brownsploitation », l’équivalent indien de la Blaxploitation. Ils composèrent à eux deux plus d’une centaine d’arrangements par an, avec parfois une formation proche de l’orchestre symphonique !

Ce travail herculéen est d’autant plus remarquable que la vision que nous en donnent Shadow et Dan The Automator révèle toute la richesse des thèmes abordés : poursuites policières en voitures, casinos à la James Bond, rock psychédélique des 60’s, morceaux de sitar plus classique.

Outre le rendu de l’ambiance d’une époque à la créativité débordante, la plus grande réussite des deux producteurs est d’avoir conservé le souffle des mélodies originales tout en utilisant de manière discrète, mais efficace, le sampling et les boucles hip-hop. Les dialogues qui ponctuent les différentes pistes sont à ce titre un vrai délice : l’accent indien apporte une savoureuse couleur locale à des échanges dignes d’épisodes de séries Z…

Un second volume est sorti sur le même label en 2001 : Bombay 2 – Electric Vindaloo. Malheureusement, l’absence de Dan The Automator et de DJ Shadow à la production, remplacés par divers DJ beacoup moins affutés, donne un résultat assez décevant. A trop lorgner vers l’électro-easy listening-branchouille, la musique des frères Shah est vidée de toute sa substance.

Stones Throw Records, ou le hip-hop ressourcé par les crate-diggers

Lancé en 1996 par Chris Manak (alias Peanut Butter Wolf), le label Stones Throw Record privilégie depuis ses débuts les disques faits par des DJ et pour des DJ. Mais pas des DJ comme les autres : des « crate diggers », autrement dit des collectioneurs acharnés de vinyls et de samples prêts à courir la planète pour trouver le disque ultime. Cette communauté, dont les plus éminents représentants sont notamment DJ Shadow, Cut Chemist ou Madlib, est à l’origine des mouvements musicaux contemporains les plus novateurs.

Stones Throw est en fait une véritable galaxie d’artistes et a servi de catalyseur d’énergie pour nombre d’entre eux : Quasimoto, Captain Funkaho, Madvillain, Egon, Jaylib, Medaphoar, etc…Tous ont gravité à un moment ou un autre dans l’entourage de Chris Manak et ont apporté leur touche personnelle à ce label qui se distingue par sa qualité musicale irréprochable et un graphisme exceptionnel, faisant de chaque disque un véritable collector en puissance : tirage limité, pressage en 45 tours presque exclusivement, pochettes splendides.

Caractérisé par un son très artisanal (ici, pas de productions léchées style West Coast…), les multiples sources d’inspiration des artistes viennent percuter des beats poisseux et des samples improbables de films de série Z. On y croise du free jazz décomplexé, qui côtoie la funk la plus débridée (cf. l’étonnant compilation Funky 16 Corners, produite par Egon) et le reggae roots des 70’s.

L’un des artistes les plus prometteurs de tout cette joyeuse bande est Madlib. Fils d’un grand jazzman, Madlib est à la fois DJ, producteur, musicien et MC. Après avoir collaboré avec Lootpack et les Alkaholics, il a multiplié les projets sous différents pseudonymes (Quasimoto, Ahmad Miller, Dj Rels, The Loopdigga…) tout en continuant à jouer dans son groupe, Yesterday New Quintet, qui n’est pas sans rappeller la meilleure période de Stevie Wonder.

Fervent amateur d’ambiance jazzy, il s’est attaqué en 2000 à un album de remixes de titres du catalogue Blue Note : Shades of Blue. Reprenant à son compte le lourd héritage de Reuben Wilson, Herbie Hancock, Bobby Hutcherson ou encore Donald Byrd, Madlib délivre dans ce disque un des rares disques de fusion entre jazz et hip hop qui ancre définitivement cette musique urbaine dans la longue lignée de la black music.

Au final, Stones Throw a permis au hip hop, en une quinzaine d’années d’activisme tous azimuts, de retrouver un second souffle salutaire en replongeant ses racines dans les courant musicaux qui ont contribué à son explosion au début des années 1980.

       

Super Biton de Ségou – Afro-jazz du Mali (Bolibana – 1986)

Né de la fusion du Ségou Jazz, de l’Alliance du Jazz et de l’Orchestre régional de Ségou, le Super Biton de Ségou est l’un des rares orchestres maliens des années 60 dont la réputation a dépassé les frontières du pays.

Plongeant ses racines dans la tradition bambara, le Super Biton s’inscrit dans la longue lignée des orchestres régionaux africains qui ont explosé dans les années 60 et 70. A l’exemple du Congo, ces orchestres se livraient une concurrence acharnée, mais loyale, afin d’obtenir le très convoité prix de meilleur orchestre national.

En remportant à quatre reprises le premier prix du concours d’orchestres à la Biennale de Bamako, le Super Biton s’est distingué des rythmes malinké classiques par une puissance rythmique étonnante. Doté d’une section de cuivres exceptionnelles, alliée à des chants bambara traditionnels, il évoque les préoccupations quotidiennes des Maliens : rejet des différences entre les coépouses d’un mari polygame, critiques envers les hommes et les femmes compléxées qui décolorent leur peau, hommage appuyé à la « Représentation commerciale et industrielle du Mali » (RECOMA), société qui contribue au développement du pays, etc…

Après plusieurs tournées européennes et régionales, ce qui lui vaudra notamment un article dans le journal « Le Monde », le Super Biton de Ségou se sépare au milieu des années 80. Certains de ses membres ont poursuivi depuis une carrière solo, à l’exemple du guitariste Mama Sissoko et du chanteur Mamadou Doumbia.