Roy Burrowes, Clifford Jordan & Charles Davis – Reggae Au Go Jazz (Studio One – 1999)

Tout inconditionnel des musiques jamaïcaines connaît bien l’impact de Clement Coxsone Dodd sur le ska, le rock steady, le reggae et le dub, grâce aux rythmiques intemporelles créées à Studio One, au 13 Brentford Road. 

Mais ce que l’on sait moins bien, c’est qu’avant de produire et diffuser les standards de la musique jamaïcaine contemporaine à la surface du globe, Coxsone était un passionné de jazz. Ainsi, les premiers disques qu’il importa et joua à Kingston en 1954 lors de son retour des plantations de canne à sucre d’Amérique du Sud étaient des disques de jazz et de rythm & blues. 

Toutefois, sur le millier d’albums et de singles sortis du 13 Brentford Road, Coxsone n’a pu produire que trois disques de jazz : I Cover the Waterfront (Cecil Lloyd), Jazz Jamaica (compilation) et Reggae Au Go Jazz (Roy Burrowes, Clifford Jordan & Charles Davis). 

Ce dernier album occupe une place à part entière dans la longue discographie de Studio One. Tout d’abord en raison de sa date de sortie : 1999 ! On pourrait croire qu’on est bien loin de l’âge d’or du mythique studio de Brentford Road et qu’il s’agit d’un simple coup marketing…En réalité, l’histoire de ce disque est un peu plus compliquée. 

Au cours de l’année 1998, Coxsone a une idée : sélectionner les instrumentaux les plus célèbres de l’époque bénie de Studio One, où Roland Alphonso et Cedric Im Brooks inventaient des titres intemporels sur lesquels Jacky Mittoo, Ernest Ranglin, Count Ossie exprimaient tout leur talent. Une fois ces titres sélectionnés, Coxsone décida d’inviter le trompettiste jamaïcain Roy Burrowes et deux saxophonistes ténor (Clifford Jordan et Charles Davis) à proposer leur interprétation jazz de ces standards. 

Le résultat est déroutant : si, en terme de production, on peut parfois sentir le décalage entre la tonalité des instrumentaux et les parties de cuivres rajoutées par la suite, il est souvent bluffant de constater l’unicité de son qui ressort de ce disque. Les improvisations des invités de Coxsone tombent parfaitement sur des rythmiques datant pour certaines de plus de 30 ans. 

Ce disque est essentiel à double titre : il rappelle tout d’abord l’exceptionnelle ouverture d’esprit et l’incroyable flair musical de Coxsone, y compris sur des terrains où on ne l’attend pas forcément. Il est d’ailleurs étonnant que ce projet soit intervenu quelques années seulement avant la mort de Coxsone, comme s’il anticipait la nécessité de laisser une trace jazz dans sa discographie…Mais ce disque permet surtout de souligner la connexion quasi naturelle qui existe entre le jazz et toutes les musiques jamaïcaines contemporaines.

Espérons que là où existe la souffrance, la nostalgie et l’impression de manque mêlé à de l’espoir, il y aura toujours un Coxsone pour enregistrer les artistes qui l’expriment.

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  • REGGAE AU GO JAZZ – My Father’s Jazz

covercoxsone

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