Vous avez dit slam ?

Alors qu’à Paris et dans le reste de la France on ne cesse de s’extasier devant l’explosion médiatique de la scène slam, à la tête de laquelle le discutable Grand Corps Malade a été projetté, on oublie bien vite les origines et la signification de ce mouvement culturel.

Dans sa forme moderne, le slam naît au milieu des années 80, à Chicago. Mais le slam n’est qu’une des nombreuses ramifications d’une longue tradition de spoken word et de récit oral, qui remonte quasiment jusqu’à l’origine du langage. De tous temps, l’homme a eu besoin d’exprimer ses sentiments, ses idées, ses convictions devant une assemblée.

Ce que le slam apporte en plus, c’est un happening poétique, live, et sans cadre défini. Le slam apporte également un décloisonnement total des arts : hip hop, sampling, cinéma (Slam de Marc Levin en 1997), musique électronique, expérimentations sonores et visuelles…De fait, il contribue à casser les codes classiques qui régissent la poésie, au sens littéraire du terme.

Mais la réelle valeur ajoutée du slam, c’est sa capacité critique et constestataire. De même que les artistes qui ont popularisé le spoken word dans les 60’s-70’s (Gil Scott-Heron, Last Poets, etc…), aucun sujet n’est tabou dans le slam, et on appuye souvent là où ça fait mal : par exemple, le « Not in our name » de Saul Williams, en plein guerre d’Irak. A ce titre, le slam est un véritable contre-pouvoir à taille humaine.

C’est pour toute ces raisons que la frénésie médiatique autour de Grand Corps Malade me pose un problème : un mouvement contestataire, une pratique « live » et par essence libre peuvent-ils survivre à une déferlante médiatique et commerciale qui, par nature, est réductrice et simplificatrice ? Par ailleurs, je dois l’avouer, je trouve l’album de Grand Corps Malade très pauvre : ni sa voix monocorde, ni ses thèmes d’une grande platitude ne me semblent devoir retenir l’attention. S’il représente l’avenir du slam français, on est mal barrés…

Je vous propose donc un sélection de vrais slammeurs, avec de vrais morceaux de musique et d’idées dedans :

  • THE LAST POETS – Black People What Y’all Gon’ Do ? (1971 – Metrotone) : les voix du mouvement des droits civiques, les ancêtres du rap, les propagateurs du spoken word, bref ils sont incontournables.
  • BAMA THE VILLAGE POET – The Right To Be Wrong (1974 – Chess) : contemporain de Gil Scott-Heron, auteur d’un unique album produit par le prestigieux label chicagoan Chess Records, samplé par DJ Shadow et Pete Rock, accompagné par Bernard Purdie, Bama nous propose ici un titre dense, sur un fond de rythme cardiaque déstabilisant…Etonnant.
  • PROGRAMME – Demain et La Salle De Jeux Et La Peur (2000 – Lithium) : avant que l’on commence véritablement à parler de slam en France, il y avait Programme. Damien Bétous et l’ex-Diabologum Arnaud Michniak ont sorti l’un des disques les plus déroutants de ces dix dernières années : musique minimaliste et expérimentale, paroles rageuses scandées au micro, thèmes dérangeants, textes surréalistes. Attention : dès que vous aurez écouté cela, vous ne serez définitivement plus le même…

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