Chongamix #18 – 2011 Summer Mix

Depuis 2004, et après 17 mixes réalisés pendant de longues heures de sélection des titres et d’enchainements finement ciselés, j’avais envie d’improvisation, de live et de nouveauté !

Pour cette 18ème édition des Chongamixes, je vous propose donc d’innover…La formule est simple : 1 iPad, 1 app (djay) et 14 titres soul, funk et afrobeat mixés en live…oui, oui vous avez bien lu : en live ! 32 minutes d’enregistrement en une prise.

Alors vous excuserez les petites imperfections que vous ne manquerez pas de noter ici ou là, mais ce sont mes premiers pas avec cette app sur iPad. Je pense que le résultat est quand même à la hauteur de ce que vous avez pu connaître sur les précédents Chongamixes, vous retrouverez l’esprit Chongastyle avec le petit côté live et scratch qui manquait !

En tout cas, je suis vraiment convaincu par l’outil (iPad) et l’app (djay) qui m’a donné toute satisfaction. Cela m’a également ouvert de nouveaux horizons pour de futurs mixes…

Un petit mot quand même de la sélection aux petits oignons que je vous ai préparée : du groove chaloupé et festif, des atmosphères enfumés des boîtes nigérianes, béninoises ou ivoiriennes, aux rythmes funky-zoulou de Sonny Okosun, en passant par le boogaloo de Manny Corchado et le funk de Johnny Jones et ses King Casuals, des Philipp Brothers et Eddie Simpson. On finit en beauté par une reprise déjantée d’Hendrix par Los Juanitos.

Avec ce condensé de 32 minutes de bonnes vibrations, je vous souhaite d’excellentes vacances à tous.

Et quand vous serez en train de siroter un mojito, les doigts de pied en éventail, bronzez utile et repensez à ce que vous chante l’ami Sonny Okosun :

« Democratically, they’re the People for The People

Economically, they’re the People by the People

Spiritually, they’re the People with the People

Politically, they’re the People in the People

Give power to my People ! »

Vous pouvez télécharger la session en version mixée en cliquant ICI.

[audio:chongamix 18 – 2011 summer mix.mp3]

TRACKLIST :

01 – OUVERTURE – La motivation personnelle
02 – THE SOUL MESSENGERS – Our Lord And Savior
03 – ORCHESTRE POLY-RYTHMO DE COTONOU – Noude Ma Gnin Tche De Me
04 – FELA KUTI – Who’re You ? (Original 45 Version)
05 – THE EDWARDS GENERATION – Smokin’ Tidbits
06 – MANNY CORCHADO – Pow Wow
07 – JOHNNY JONES & THE KING CASUALS – Soul Poppin’
08 – EDDIE SIMPSON – Big Black Funky Slave
09 – DEROBERT & THE HALF TRUTHS – Cop Cars And Taxis
09 – EBO TAYLOR – Heaven
10 – ERNESTO DJEDJE – Zadie Bobo
11 – SONNY OKOSUN – Power To The People
12 – RAW – Love Is The Answer
13 – THE PHILLIP BROTHERS – Who Stole My Cookie ?
14 – LOS JUANITOS – Jimmy H. Boogaloo

12 Inch Session #18 – Johnny Clarke Jamboree

Trois versions de Johnny Clarke pour le prix d’une seule session : une version solo, une version remixée récemment et un final splendide en combinaison avec les Hardy Boys ! En 1974, lorsque Johnny Clarke rencontre Bunny Lee, il a 19 ans et une poignée de singles sans grands succès produits par Rupie Edwards. Cette rencontre va changer sa vie et lui permettre d’intégrer l’une des meilleures écuries de chanteurs de toute la Jamaïque : Horace Andy, Cornell Campbell, Linval Thompson…

En quelques titres, dont les mythiques et très rasta « None shall escape the judgment » et « Enter into his gates with praises », il va définitivement marquer les productions de l’âge d’or du reggae de sa voix de velours et plaintive.

Hommage à un chantre du rastafarisme et un chanteur de premier plan grâce à cette nouvelle session 12 inch très orientée…rude boy !

[audio:12 Inch – Session 18.mp3]
  • JOHNNY CLARKE  – Rude Boy (Art & Craft 12 Inch) [0:00>4:36] : ça commence avec du lourd, une caisse claire qui claque, de l’écho en veux-tu en voilà et cette voix de Johnny qui flotte telle une plume… »If you live by the gun, you’ll die by the gun » !
  • JOHNNY CLARKE – Young Rebel (12 inch Fyah remix) [4:36>8:28] : remix récent d’une première version 12 inch de 1983. Elle a le mérite de respecter l’original et d’apporter sa touche discrètement, grâce à un peu de filtre sur la batterie ou de subtils effets de « mitrailleuse » entre deux refrains. Très réussi.
  • HARDY BOYS & JOHNNY CLARKE – Zion I / Give Up The Badness (White Label 12 Inch) [8:28>15:27] : un titre très original, qui commence par un dub avec du melodica et des choeurs en écho, pour enchaîner ensuite sur le titre chanté, alors que 99% du temps c’est l’inverse en version 12 inch…Très, très belle partie vocale de Johnny.

La session peut être téléchargée en cliquant ICI.

Cut Chemist – Sound Of The Police (2010)

On a tout dit sur Cut Chemist : DJ surdoué de Jurassic 5, collectionneur de 45t rarissimes de funk, amateur de battle endiablées avec son comparse DJ Shadow et même fan de disco (thanx Ben ;-)) bref le parfait profil du touche à tout sonique.

Mais de là à le découvrir remixeur improbable de sonorités afro et d’ethiojazz, il y avait un pas de géant qu’il franchit pourtant en 2010 avec sa joie et sa fraîcheur habituelles sur cette mixtape appelée « Sound Of The Police ».

Créé à l’origine pour la première partie de la tournée US de Mulatu Astatke, ce projet s’est construit autour d’un défi technique : mixer avec une seule platine vinyl, une table de mix et une pédale d’effets pour mettre en boucle tout ça.

En deux parties d’une vingtaine de minutes chacune, Cut Chemist se réapproprie les grooves d’Addis Abeba, de l’afrobeat enfumé, de la samba, de la salsa, le tout mixé avec la crème de la culture hip hop (le cultissime breakbeat « Apache » d’Incredible Bongo Band sur la deuxième partie à 12:10 est une vraie boucherie…). On y retrouve Oscar Sulley, le Uhuru Dance Band, Fela, etc…

Pourquoi ce titre étrange, me direz-vous : Sound Of The Police ? Eh bien tout simplement en hommage à une grande partie des groupes africains des 70’s qui ont pour la plupart commencé comme orchestres officiels des forces armées, tout simplement !

On se demandait depuis quelques années où était passée l’âme qui avait permis à DJ Shadow de produire ce qui faisait de mieux en crate digging et en deejaying : on sait maintenant que son mojo s’est réincarné chez son comparse Cut Chemist, et c’est une excellente nouvelle.

[audio:z – cut chemist – sound of police part 1.mp3] [audio:z – cut chemist – sound of police part 2.mp3]

Ensemble Al-Salaam – Sojourner (Strata East – 1974)

Il y a peu de labels qui ont guidé la musique contemporaine par leur créativité et leur vision. On connaît les plus grands noms : Stax, Motown, Chess Records etc…Mais, mis à part le milieu des collectionneurs et des crate diggers, le nom de Strata East reste méconnu.

C’est pourtant ce label, fondé en 1971, qui produisit parmi les plus belles pépites soul et jazz avec une soixantaine d’albums diffusés au cours de la décennie des 70’s. Des artistes aussi prestigieux que Clifford Jordan, Pharoah Sanders, Shirley Scott et Bill Lee, le père de Spike Lee, furent embarqués dans l’aventure Strata East, une aventure marquée par une double recherche : musicale (du funk au jazz, toutes les innovations étaient les bienvenues) et politique (l’émergence de l’identité afro-américaine).

C’est également sur ce label que le génial Gil Scott Heron enregistra en 1974 son album « Winter in America » et le titre « The Bottle », qui devint un véritable hit, et propulsa temporairement Strata East sur la scène médiatique.

La même année, l’une des pépites les mieux gardées du label était gravée sur vinyl : il s’agit de l’album « Sojourner » de l’Ensemble Al-Salaam.

Le style, la voix, beaucoup de choses sur cet album me rappelle le duo Doug Carn et Jean Carn sur le label Black Jazz Records : même la couverture est une copie en négatif de la charte graphique de Black Jazz !

Il y a quand même une différence de taille : là où les Carn s’arrêtaient à un jazz spirituel d’excellente facture, l’Ensemble Al-Salaam n’hésite pas à franchir la frontière du groove pour flirter à plusieurs moments avec le funk.

Le mélange des deux est selon moi la grande innovation du disque, avec la voix exceptionnelle de Béatrice Parker, qui illumine l’album de la première à la dernière piste : il suffit pour s’en convaincre d’écouter l’énergique « Circles », le groovy « Optimystical » et le planant « Peace ».

Du grand art que je vous propose de découvrir en trois titres…

[audio:z – ensemble al salaam – circles.mp3] [audio:z – ensemble al salaam – optimystical.mp3] [audio:z – ensemble al salaam – peace.mp3]

…et pour ceux qui veulent aller plus loin, suivez ce lien.

Chongamix #17 – Caribbean Grooves

Après un détour par l’Asie lors du dernier Chongamix et la découverte des raretés locales, nous voilà repartis pour une nouvelle destination musicale : les Caraïbes.

Au-delà des clichés habituels sur cette région aussi vaste que variée, il est intéressant de s’attarder sur quelques artistes ou genres musicaux souvent méconnus sous nos latitudes. Par exemple, le kaseko de Lieve Hugo, directement importé du Suriname, l’ancienne Guyane hollandaise, avec sa guitare funky, ses cuivres afrobeat et son chant entre patois et néerlandais, un vrai délice…

La particularité des Caraïbes est précisément d’être au carrefour de multiples cultures (latine, africaine, américaine, européenne,…) ce qui a profondément inspiré les artistes locaux. Le résultat en est une fusion exceptionnelle génératrice de styles aussi variés que le merengue, la salsa, la biguine, le compas, le kaseko, le calypso, etc…

Et même lorsque l’on pense connaître un style, on reste parfois époustouflé par la créativité de certains musiciens, comme je l’ai été avec les obscurs Boscoe Holders et leur « J’ai peur de revenir », beau à pleurer, ou leur délicieux « Ces Zazous-là » qui ont émerveillé mes sens et resteront une grande découverte.

Même constat pour ces anciennes stars du calypso que sont Wilmoth Houdini et The Montego Beach Hotel Calypsonians. Ils ont produit une musique si fraîche et si naturelle qu’elles donnent envie de se trémousser avec un rhum à la main et un large sourire sur le visage.

L’une des spécificités des artistes caribéens a toujours été d’associer à leur musique des paroles souvent très critiques socialement (ex. le titre Jojo de l’Ensemble La Perfecta et son clin d’oeil à la « bande des métropolitains »), jouant sur l’ironie, les images fleuries et des scènes parfois olé olé, pour ne pas dire plus, comme le splendide « Bamboo Dance » de Black Czar.

Vous retrouverez également des noms connus, comme les Shleu Shleu, les Loups Noirs d’Haïti ou l’inoxidable Harry Belafonte, mais il me paraissait inconcevable de ne pas les intégrer car ils sont pour moi l’incarnation de l’incroyable écho que la musique caribéenne a pu avoir sur la scène internationale.

Bonne écoute à tous ! Je laisse la conclusion à Black Czar, qui résume bien l’ambiance générale de ce Chongamix :

When I heard the rhythm from the clarinet
Ey lord, the melody get right in my bone
When I hear the note from the saxophone
The old lady said, « This is bacchanal.
Yay, young boy, don’t stop it at all.
« 

Vous pouvez télécharger la session en version mixée en cliquant ICI, ou en version zip avec les titres individuels en cliquant ICI.

[audio:chongamix 17 – caribbean grooves.mp3]

TRACKLIST :

01 – OUVERTURE – The United States Of The West Indies
02 – LIEVE HUGO – Mi Be Be
03 – DON NAURO & HIS CARIBBEAN BAR SEXTETT – Que Pasa En La Obscuridad
04 – ENSEMBLE LA PERFECTA – Jojo
05 – THE EXCITING ELOISE TRIO – Matilda
06 – LORD INVADER – Desmabar
07 – BLACK CZAR – Bamboo Dance
08 – L’HEURE HAITIENNE – Dlo
09 – ANZALA, DOLOR, VELO – Ti Fi La Ou Te Madam
10 – BOBBY BENSON & HIS COMBO – Gentleman Bobby
11 – BOSCOE HOLDERS – Ces Zazous Là
12 – LES LOUPS NOIRS – Rencontre
13 – SHLEU SHLEU – 3 Forces
14 – THE MONTEGO BEACH HOTEL CALYPSONIANS – Maintenance
15 – WILMOTH HOUDINI – Moan, People Moan
16 – CLAUDIO & LES SATANIK – Rend Mo l’Alliance
17 – PEARL BAILEY – Haïti
18 – KING RADIO & THE TIGER – Millington
19 – HARRY BELAFONTE – Man Smart (Woman Smarter)
20 – LES LOUPS NOIRS – Jet Biguine
21 – BOSCOE HOLDERS – J’ai Peur De Revenir